Lee Miller modèle et photographe dans la baignoire de Hitler

L’américaine Lee Miller top-model, égérie des surréalistes, photographe de mode, photo-reporter puis correspondant de guerre, témoigne de la libération des camps de concentration. C’est à cette époque, qu’elle se fait photographier nue dans la baignoire de Hitler à Munich. De sa carrière, celle de modèle, bien que courte, a gommé celle de photographe, pourtant bien plus intéressante.

Modèle pour photographes aux Etats-Unis

Lee Miller est née en 1907 dans l’Etat de New York sous le nom d’Elizabeth Miller. Dès son plus jeune âge, son père photographe est fasciné par la beauté de ses traits. Il en fait son principal sujet allant même jusqu’à des poses dénudées. Lee Miller entreprend des études de théâtre et d’arts plastiques à Paris et à New-York. A 17 ans, elle se fait remarquer par la maison d’édition Condé Nast et devient modèle pour le magazine Vogue américain. A la fin des années 20, sa beauté en fait rapidement une modèle recherchée par les photographes. Son beau visage et ses cheveux courts, à la garçonne, représente la modernité et la naissance d’une nouvelle féminité, plus émancipée. Elle est la femme symbole des années folles.

Petite anecdote. En 1928, Lee Miller pose de façon très sage pour une publicité de la marque Kotex . Celle-ci fait scandale en mettant en avant un produit d’hygiène féminine dont le sujet était jusque là tabou.

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Portrait de Lee Miller par Edward Steichen en 1928

Sa beauté froide et mystérieuse intrigue car celle qui « donne son corps librement mais jamais son esprit » se montre toujours distante sur ses portraits. La jeune femme gravit rapidement les échelons et devient mannequin pour de nombreux photographes réputés tels qu’Arnold Genthe, George Hoyningen-Huene et Edward Steichen. A l’époque, Edward Steichen est le photographe en chef du magazine Vogue. Lee Miller pose pour lui et en contrepartie, celui-ci lui apprend les bases de la photographie de studio. Malgré son succès comme mannequin, elle se lasse rapidement de cette vie. Celle qui dit n’être regardée que comme un objet de désir part pour Paris.

La rencontre de Man Ray à Paris

A Paris, Lee Miller y rencontre un compatriote nommé Man Ray. Elle devient sa maîtresse et sa muse. Tous les deux vont vivre une période riche et bouillonnante, stimulés par la créativité. Man Ray fera d’elle plusieurs de ses meilleurs portraits. A ses côtés, elle continue d’apprendre la photographie.

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Portrait de Lee Miller, muse de Man Ray en 1929

Elle participe à la découverte par Man Ray de la technique de la solarisation. Une technique pourtant déjà connue sous le nom d’effet Sabattier. C’est d’ailleurs un accident provoqué par Lee Miller qui est à l’origine de cette découverte. Un jour, elle allume par mégarde la lumière au cours du traitement d’un tirage. Se rendant compte de son erreur, elle éteint aussitôt. Quand le révélateur produit son plein effet, une image surprenante apparaît dans la cuvette. Man Ray est enthousiaste car le résultat arrive à point nommé pour créer des images étonnantes, totalement surréalistes. Man Ray et Lee Miller s’appliqueront alors à reproduire les conditions de la solarisation, jusqu’à les maîtriser parfaitement.

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Portrait de Lee Miller solarisé

Lee Miller et les surréalistes

Au début des années 30, Lee Miller fréquente le Paris surréaliste. Elle devient l’ami de Paul Eluard, Picasso, Max Ernst et Jean Cocteau. Dans cet environnement, la chenille devient papillon et Lee Miller commence à créer ses propres photographies mais également des dessins et des collages. Jean Cocteau lui offre même un rôle dans son film « Le sang du poète » en 1931.

Man Ray dépassé par son succès, délaisse ses commandes dans la mode et les confie à Lee Miller. Elle monte alors son studio personnel et réalise les commandes en les signant au nom de Man Ray. Elle poursuit son apprentissage de la photo avec George Hoyningen-Huene, photographe en chef du magazine Vogue français. Il lui permet d’obtenir sa première publication dans Vogue.

Lee Miller vole de ses propres ailes

En 1932, elle retourne à New-York et s’affirme pour prendre son destin en main. Au fil du temps, elle a progressivement cassé son image de pure beauté pour l’orienter vers une certaine ambiguïté sexuelle. Sa coupe de cheveux à la garçonne et son prénom masculin l’aident à casser les canons de la féminité qui l’oppressent depuis des années. A New York elle explique sa nouvelle vie à un journaliste américain : « Je préfère prendre une photo qu’en être une ». Elle crée le studio Lee Miller avec son frère Erik et s’oriente vers la publicité, les créateurs de mode et les magazines tels que Vogue.

Pendant cette période, elle se réapproprie son image tout en s’inspirant des surréalistes. Elle crée des photographies dans lesquelles elle traduit ses états d’âme et exprime son penchant pour la transgression. En 1934, elle se marie avec un Egyptien et quitte New-York pour s’installer au Caire. Elle commence à s’intéresser au reportage et s’initie à la photographie de paysage. Sa photographie s’ouvre pour s’intéresser aux autres. Rapidement lassée par l’ennui, elle quitte Le Caire pour Paris et retrouve les surréalistes et pose pour Picasso. Elle fait la rencontre d’un nouvel homme, le peintre surréaliste anglais Roland Penrose. Il la courtise quelques années avant qu’elle vienne s’installer avec lui à Londres en 1939.

Le début de la seconde guerre mondiale

En 1940, elle travaille pour le magazine de mode Vogue à Londres. Elle est tout d’abord assistant photographe avant d’être promue photographe de mode pour le magazine. Un magazine dont le lectorat est essentiellement féminin. Lee Miller met l’accent sur leur féminité, leur individualité et leurs ambitions. Elle met en avant les femmes engagées dans la guerre : infirmières, recrues dans les nombreux services militaires, la sécurité civile, celles travaillant dans les usines d’armement ou encore la pilote polonaise Anna Lenska.

Elle montre le nouveau rôle des femmes dans la société. A cette période, une grande partie des hommes sont partis au front et les femmes les remplacent dans les usines. Devenues chef de famille, les femmes doivent à la fois assurer la vie quotidienne de leur foyer mais aussi leur travail à l’usine.

Lee Miller dirige des séances photo pour des campagnes d’information sur la sécurité des femmes au travail. Elle met également en scène les solutions pour contourner les restrictions dues au début de la guerre. A cette époque, l’Angleterre est isolée et attaquée sur son sol. Lee Miller photographie la vie londonienne sous les bombardements. Elle apporte aux femmes toutes sortes de solutions pour résoudre les difficultés quotidiennes du rationnement, de la vie chère face à la faiblesse de leurs revenus.

Les photographies de Lee Miller dévoilent sa sensibilité personnelle avec son regard féminin et sa volonté de montrer l’accomplissement des femmes pendant cette période difficile.

Photographe de reportage et correspondante de guerre

En 1942, elle est accréditée par l’armée américaine pour le magazine Vogue britannique. C’est une rupture totale dans sa vie avec la découverte d’un monde brutal et sinistre. Seule une dizaine de femmes sont autorisées à couvrir les combats. C’est seulement à partir de 1944, avec le débarquement en Normandie, que Lee Miller peut réellement suivre les troupes sur le front. Elle témoigne tout d’abord du bombardement au napalm sur l’île de Cézembre pendant la bataille de Saint-Malo en août 1944. Elle suit ensuite le travail des infirmières et des médecins. Elle montre la souffrance des combattants et la métamorphose de leur visage avant et après les combats.

Lee Miller révèle avec ses images certaines scènes de l’épuration en France avec les arrestations de collaborateurs et la tonte des femmes accusées de collaboration horizontale. Elle assiste ensuite à la libération de Paris puis accompagne l’avancée progressive des troupes américaines vers l’est. Elle couvre la bataille d’Alsace puis la conquête et l’installation des troupes alliées en Allemagne puis en Autriche.

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Femmes tondues à la libération de la France en 1944

Avec ses photographies, Lee Miller témoigne de l’horreur des combats avec des photos montrant la souffrance et les conditions de vie difficiles des troupes. Le sommet de l’horreur est cependant atteint lorsqu’elle arrive peu après la libération du camp de Buchenwald. Elle produit des images fortes de prisonniers et de victimes, de cadavres entassés dans des charniers, de gardiens de camp maltraités ou tués. Une de ses photos les plus fortes montre deux soldats ouvrant un camion dans lequel un grand nombre de cadavres est entassé. Doutant d’une telle réalité, le magazine Vogue lui demanda de certifier l’exactitude du cliché avant de le publier. Lee Miller couvre ensuite la libération du camp de Dachau, le retour des prisonniers militaires et des survivants des camps de concentration au printemps 1945 ainsi que la défaite allemande.

Elle photographie aussi les vaincus avec les soldats allemands, les SS, les gardiens de camp, les civils et même des enfants morts. Elle témoigne surtout de l’Allemagne en ruine avec ses villes et ses usines bombardées et détruites.

Lee Miller nue dans la baignoire d’Adolf Hitler

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Lee Miller prenant un bain dans la baignoire d’Adolf Hitler le 30 avril 1945 à Munich

En suivant les troupes américaines à travers l’Allemagne, Lee Miller découvre par hasard, l’appartement abandonné d’Adolf Hitler à Munich. Elle est accompagnée par David Scherman, photographe du magazine LIFE. Lee témoigne dans un courrier à la rédactrice de Vogue : « L’endroit était en parfait état. L’électricité et l’eau chaude fonctionnaient. Il y avait même un réfrigérateur électrique. Il n’était pas suffisamment vide pour être « loué » en l’état, mais un quart d’heure de ménage pour dépoussiérer les tasses aurait suffi pour le mettre à disposition d’un nouveau locataire à qui la présence de draps et de vaisselle marqués « A.H. » ne gênerait pas». Les deux photographes habitent l’appartement quelques jours. C’est le 30 avril 1945 qu’ils organisent la mise en scène de Lee posant nue dans la baignoire d’Adolf Hitler. Le décor avec les accessoires parfaitement disposés ne laisse aucun doute sur cette mise en scène.

Lee Miller abandonne la photographie

La fin de la guerre a été éprouvante pour Lee Miller. En 1946, elle en ressort fatiguée et traumatisée par les horreurs qu’elle y a vu. Elle retourne en Angleterre et se marie avec Roland Penrose avec lequel elle a un fils. Elle mène alors une vie sage et ordinaire dans le Sussex, en s’occupant des siens et en recevant ses amis. Pablo Picasso, Man Ray, Jean Dubuffet, Henry Moore, Max Ernst et de nombreux autres séjournent régulièrement chez elle.

Lee Miller abandonne peu à peu la photographie jusqu’à son ultime publication dans Vogue en 1953. Elle y montre des portraits de ses invités chez elle, occupés à des tâches de la vie quotidienne. Les nombreuses facettes de la vie de Lee Miller nous montrent une femme créative qui restera une énigme jusqu’à sa mort en 1977.

 

Sources :

La vie résumée de Lee Miller : http://www.racontemoilhistoire.com/2017/05/lee-miller/

Man Ray et Lee Miller : https://www.telerama.fr/scenes/les-trouvailles-de-man-ray-et-lee-miller,115565.php

Lee Miller dans la guerre : https://florilegeseclou.com/2017/03/10/lee-miller-beaten-guards-begging-for-mercy/

L’art photographique de Lee Miller : https://journals.openedition.org/transatlantica/4299

Site officiel de Lee Miller : http://www.leemiller.co.uk/

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